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*********** Bonne idée ****************

Par -FP- :: 09/01/2008 à 5:23 :: Textes



Ce soir il est rentré. C’est rare, exceptionnel même.
Depuis plusieurs mois, il dort sur le lino de son bureau, entre deux coussins de chaise.
Il se réveille, descend à la machine à café, prend un allongé sans sucre, fume une clope, et se remet devant son projet.
La situation devenait critique. Le clavier perdu sous les miettes de tous les sandwichs qu’il avait accumulé, le poisson rouge de son salon mort depuis longtemps…
Elle ne lui avait pas donné à manger.

 
Elle dort, il l’entend bouger sous les draps.
Il s’ennuie à mourir, obsédé par des croquettes pour chiens.
C’est le nouveau budget de l’Agence. Toute une gamme pour nourrir, soigner, embellir le meilleur ami de l’Homme, devenu son principal ennemi actuel.

 

Packshot croquettes + chien ou juste packshot croquettes ?

 
Le tas de courrier trône fièrement sur la table du salon. Elle ne l’a pas ouvert, par respect de son intimité ou par indifférence. Il hésite entre s’atteler à rattraper son retard postal, ou prendre une douche. Il pourrait tout simplement aller dormir, profiter d’être chez lui pour partager une nuit dans ses bras, tout contre Elle.
La photo sur son bureau n’a pas son parfum, sa chaleur, son amour. Elle lui a manqué.

 
Il se dirige vers la salle de bain après s’être mis un thé au micro-onde, sachant pertinemment qu’il sera froid et qu’il devra le réchauffer.
Le miroir de la salle de bain se remplit de buée, le taux d’humidité avoisine les 100%.
Il reste immobile sous l’eau chaude, sentant les gouttes perler sur son nez puis glisser dans sa gorge. Un moment hors du temps. Il sort lentement, revenant à la réalité. Celle de voir deux brosses à dents, deux serviettes de bain, deux rasoirs, deux paires de chaussons, deux brosses à cheveux.

 

Plutôt un berger allemand ou un colley ?

 

Il profite de la buée du miroir pour écrire son prénom à Elle, entouré d’un cœur. Il l’aime tellement, pourquoi la fuit- t il ? Non, il ne fuit pas. Si il le pouvait il passerait chaque minute de sa vie avec Elle, mais il doit travailler, créer, trouver, dessiner, vectoriser, modifier, ajuster, recommencer, trouver, créer…
Son thé est froid, comme prévu. Il le remet donc 2 minutes 30, exactement le temps nécessaire pour aller allumer son ordinateur portable devant la télé. Il coupe le son, inutile pour une émission débile sur de riches héritiers du bout du monde. Lui, il est en France et doit travailler pour gagner sa vie.
Promis, dès qu’il aura mis assez de côté, il lui offrira de superbes vacances et se fera pardonner pour ses absences répétées. Il déguste son thé désormais trop chaud, en lisant pour la centième fois le Brief sur les croquettes.

 
Elle bouge à nouveau et gémit. Est elle réveillée ? Peut-être devrait il éteindre la télé, les lumières et ombres agressives sur les murs doivent la perturber. Ou peut-être fermer les rideaux, les gyrophares d’une voiture de police donnent l’impression d’être en plein jour. Il sait qu’elle dort mal lorsqu’il ne fait pas nuit noire. Il éteint la télé, ferme les rideaux.

 « Tu ne viens pas te coucher ? Qu’est ce que tu fout ? ».

Il lui dit qu’il arrive, il termine juste un petit truc qui l’empêche de dormir. Il sait pertinemment qu’il n’est pas prêt de le terminer ce petit truc.

 
Croquettes seules ou avec chien, peu importe, il n’a pas l’Idée. Il cherche l’Idée, la super Idée. Et, quand un homme cherche une idée, il lui faut avant tout se nourrir. Il a toujours senti ce lien intime entre son estomac et sa créativité. Des barres chocolatées traînent, excellent, bourrées de magnésium pour assurer une efficacité optimale à ses neurones.
Trop concentré sur leur ouverture censée être facile, il se cogne dans la table du salon. La pile de lettres s’affale sur le sol, les verra t il encore plus ou encore moins ?
Peu importe, il espère juste qu’Elle n’a pas été dérangée par le fracas.

Confortablement installé dans son canapé, il jouirait presque de ne plus être dans son vieux fauteuil de bureau. Être chez soi a du bon, il en a conscience.
L’inspiration ne vient pas, rien à y faire. Les Beatles l’aideront peut-être, il met ses écouteurs et se repasse quelques classiques des quatre garçons dans le vent.

 
La luminosité de la pièce le surprend, une paupière puis l’autre. Merde, il fait jour. Il regarde l’heure sur le lecteur DVD dernière génération. 10h00 ! Il est 10h00 ! Il s’est endormi, merde. Il se maudit. Comment a-t-il pu être aussi négligent ?
Faut vraiment être con pour se mettre des écouteurs à 4h du mat.
Et Elle ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas réveillé ? Pourquoi ? Elle savait bien qu’il devait être debout à 8h au plus tard ! Elle l’a fait exprès, forcément !
De toute façon, il attendra pour lui faire part de son énervement, il doit se dépêcher et son sac n’est plus sur la chaise, elle est déjà partie.

 
Il file dans la salle de bain, se passe un peu d’eau fraîche sur le visage. L’eau n’a jamais retendu des traits fatigués ni atténué des cernes bleuis, mais il aime à croire que c’est le cas, en plus du coup de fouet non négligeable que cela lui procure.

 
Sa réalité. Sa réalité le surprend, quelque chose a changé. C’est comme si il pouvait faire plus rapidement le décompte de tout ce qui l’entoure. Comme si tout avait été divisé par deux.
Une brosse à dents, une paire de chaussons…

Il court dans sa chambre. Elle a vidé son placard, elle a pris le sac de sport. Elle est partie. Elle est partie ! Elle a tout pris ! Le temps s’arrête. Qu’il soit 10h ou 8h ou même 15, 20… peu importe. Le temps s’est arrêté. Elle est partie.

 
Il reprend ses esprits et saute sur son téléphone, il doit l’appeler. Il doit s’excuser, l’implorer de revenir, l’inviter au restaurant, partir avec Elle en vacances, tout plaquer pour se faire pardonner, la demander en mariage même ! Lui faire un bébé !

 
Un bébé ? Lui ? Avoir un bébé ? Il n’a même pas le temps de se préparer un vrai dîner, et il serait prêt à faire des biberons toute une nuit ? Il n’a pas le temps de se rendre compte que celle qu’il aime a besoin de lui, et il ferait un bon père aimant et présent lorsque le petit serait malade ? Il n’est peut-être qu’un gros con. Il est un gros con.

 
Elle ne méritait pas ça. Elle l’a supplié, elle l’a imploré, Elle a proposé des restaurants, Elle a proposé des vacances… Elle l’a attendu, Elle l’a aimé. Elle ne méritait pas toutes ces nuits blanches sans Lui à contempler le vide à côté d’Elle. Pourquoi un lit deux places quand on est seul ? Sa chambre n’était plus qu’un hôtel de passage pour Lui. Pour Elle, c’était son espoir, sa raison de rentrer chaque soir. En passant en coup de vent la journée sur son heure de déjeuner, il avait pu constater à plusieurs reprises qu’Elle faisait toujours le lit. Des draps propres et bien tirés l’attendaient tous les soirs. La femme qu’il aime l’attendait tous les soirs. Il l’a déçu. Pourquoi risquer de recommencer ? Pourquoi la décevoir à nouveau ?

Il ne la rappellera pas. Elle l’oubliera vite et l’a peut-être déjà oublié.
Après tout, depuis combien d’heures, de jours, de mois n’était elle déjà plus avec lui ?

Un autre homme aurait vécu sous son toit qu’il ne l’aurait même pas remarqué. Non, elle l’aimait, elle ne l’a pas trompé. Elle a appris à vivre seule, en parfaite célibataire. Elle ne l’a pas quitté, c’est lui qui l’avait quitté depuis bien longtemps.

Elle l’oubliera, il ne lui manquera pas. Que pourrait il bien lui manquer ? Sa présence n’était plus qu’espoirs et rêves, désillusions. Il ne la rappellera pas. Il ne la mérite pas. Il n’est qu’un pauvre con mettant en scène des croquettes pour chiens. Elle trouvera celui qui saura l’aimer et être à ses côtés, celui qui rentrera tous les soirs pour la dorloter.

Il s’en remettra…sûrement…peut-être. Il ne tentera pas de lui faire croire à un changement si improbable. Il ne tentera pas de la faire revenir, de lui offrir une nuit à deux contre des mois de solitude. Il ne rappellera pas.

 

Là, il sourit. Ses yeux humides, il fait un léger sourire.

Voilà, il a trouvé. Il a eu ce qu’il attendait tant : une excellente Idée.



-FP-






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